Exemple d’objectif sportif
Pendant plusieurs années, j’ai géré mes objectifs de saison entièrement dans ma tête. Ça paraît suffisant au départ. Et puis tu réalises que tu passes parfois des semaines entières sans y repenser une seule fois. Qu’un incident en match te pousse à t’ajouter un objectif à la volée, et que tu oublies les anciens. Que tu termines la saison sans savoir vraiment si tu as progressé ou pas.
Depuis, j’écris tout. Ce que je vais te montrer ici, c’est la méthode que j’ai construite saison après saison, d’abord quelques notes griffonnées, puis un vrai système, pour préparer une saison avec des objectifs clairs, mesurables et reliés à ce que je suis vraiment comme joueur.
Pour donner du contexte : j’attaque une saison en pré-national au volley en tant qu’attaquant/réceptionneur, à 41 ans. Mon but n’est plus de progresser à tout prix, c’est de rester compétitif et utile pour l’équipe le plus longtemps possible. Applique cette méthode à ton sport et à ton niveau, le principe est le même.
Pourquoi écrire ses objectifs change tout
Un objectif que tu gardes seulement dans ta tête est un objectif que tu vas oublier, déformer ou abandonner sans même t’en rendre compte. Tant qu’il n’est pas écrit, il reste une intention. Et une intention, ce n’est pas un objectif.
Sans cap écrit, tu fais tout moyennement et rien vraiment. Tu travailles ce qui te plaît dans la séance du jour, tu zappes ce qui te demande de l’effort, tu n’as aucun moyen de mesurer si tu progresses ou si tu tournes en rond. L’écriture force la précision : elle te contraint à formuler clairement ce que tu veux, et c’est le premier pas vers le travail réel.
Le deuxième effet est moins visible mais tout aussi puissant : un objectif clair te sauve les mauvais jours. Tu connais cette situation où tu n’as pas envie d’aller à l’entraînement, où la motivation est en bas, où le corps demande une pause. Sans objectif écrit, tu cèdes. Avec un objectif que tu as toi-même posé, tu te rappelles pourquoi tu t’entraînes. L’objectif transforme la motivation ponctuelle en discipline tenue. C’est le même mécanisme pris par l’autre bout dans comment se motiver pour faire du sport quand l’envie n’est plus là : la motivation n’est pas une cause, c’est ce que produit un but clair.
Sur le long terme, ce n’est pas l’intensité de la motivation qui compte, c’est son endurance. Beaucoup de sportifs commencent une saison à 100 % de motivation et finissent à 20 % en novembre. Le sportif qui progresse vraiment est celui qui maintient une motivation moyenne pendant 8 mois plutôt qu’une motivation explosive pendant 3 semaines. L’écriture des objectifs est l’outil le plus simple pour entretenir cette endurance : elle réactive la mémoire du pourquoi à chaque consultation du cahier.
Enfin, il y a un mécanisme neurologique souvent ignoré : chaque petite étape validée déclenche une libération de dopamine, le neurotransmetteur du plaisir et de la récompense. Cette dopamine alimente directement la motivation pour l’étape suivante. Plus tu valides de petits objectifs, plus tu as envie d’en valider d’autres. C’est pour ça que la méthode décrite ci-dessous fonctionne : elle multiplie les occasions de valider, donc les pics de dopamine, donc le carburant pour continuer.
Étape 1 : définis tes caractéristiques de joueur
Avant de fixer des objectifs, il faut savoir de quoi tu pars. C’est l’étape que la plupart des sportifs sautent, et c’est pour ça que leurs objectifs sont flous ou déconnectés de leur réalité.
Commence par noter la date et le contexte de ta saison. Ça semble inutile, mais si tu tiens ce cahier pendant plusieurs années, tu seras content de pouvoir distinguer les saisons d’un coup d’œil.
Tes points forts
Note honnêtement ce que tu fais bien. Pas pour te flatter, mais parce que ce sont les zones où tu vas pouvoir apporter le plus à l’équipe, et sur lesquelles tu dois maintenir ton niveau quand tu montes d’un cran.
Pour moi cette saison : réception (c’est la base du poste 4, objectif entre 80 et 90% de réussites), défense correcte, peu de fautes à l’attaque, sérénité en match que l’âge m’a donnée.
Au foot, ça donnerait : vision du jeu, précision des passes courtes, pressing. Au basket : lecture défensive, rebond offensif, tirs en extension.
Tes points faibles
Même exercice, en sens inverse. Pendant longtemps, j’ai évité de travailler ma puissance et ma détente en me concentrant uniquement sur la prévention des blessures. Résultat : deux points faibles persistants, ma détente et mon bloc.
Ce que j’ai appris : quand on part de bas sur un aspect, c’est là que la marge de progression est la plus grande. Avec un peu de concentration, les résultats arrivent vite. Je ne cherche pas à en faire un point fort, juste à ne plus être handicapé.
Tes gestes techniques caractéristiques
Qu’est-ce que tu fais souvent ? Bien ou mal, d’instinct ou par choix. Ce sont ces gestes que tu devras soit consolider soit corriger.
Pour moi : service flottant sauté et attaque petit diagonale. Au rugby : type de passe, plaquage haut ou bas. Au handball : tir en appui ou en suspension, type de feinte.
Ce que tu aimes faire
Ne passe pas cette étape. Le plaisir est un moteur réel. Plus tu l’entretiens, plus tu travailleras naturellement et plus longtemps. J’aime les défenses hautes qui remettent le passeur dans de bonnes conditions, et les réceptions parfaites. Ces deux gestes-là, j’y reviens à chaque entraînement avec envie.
Ton bilan physique
Ta machine doit être en état pour exprimer ton jeu. Note honnêtement où tu en es : condition générale, blessures en cours, points de fragilité récurrents.
Le mien : bonne condition générale après un an d’entraînement quotidien, mais douleur tendinite rotulienne qui revient après les grosses séances. Je concentre ma récupération sur les douleurs musculaires à ce niveau, la douleur part le lendemain, mais le travail de fond est long.
Le carburant qui fait tenir ces objectifs
Une fiche joueur et des objectifs SMART, c’est la méthode. Mais ce qui te fait te lever pour ton entraînement de 7h en plein hiver, c’est autre chose : la force mentale. Motivation, gestion de la frustration, rapport à l’échec, qualité du regard sur soi : 9 leviers concrets pour entretenir le carburant que tes objectifs vont consommer.
Travailler sa force mentale →Étape 2 : définis tes objectifs sur trois niveaux
Une fois ta fiche de joueur posée, tu peux définir des objectifs. Je les découpe en trois niveaux.
L’objectif long terme
C’est ton cap, ton rêve. Il doit être suffisamment ambitieux pour que quand tu le dis à voix haute, ça te semble presque trop grand. Comme le disait Tony Parker : si tu le dis à quelqu’un et qu’il ne se moque pas de toi, c’est que tu ne rêves pas assez grand.
Ce cap ne sert pas à être atteint directement, il sert à orienter chaque saison. À 41 ans, mon cap est de rester compétitif en pré-national pendant encore cinq saisons. Il y a trois ans, je pensais tenir deux ans. La méthode m’a montré que la marge était plus grande que ce que je croyais.
L’objectif de saison
Je te conseille de partir sur quatre objectifs pour une saison. Un sur ton physique, un sur un point fort à consolider, un sur un point faible à corriger, un qui aide le collectif.
Pour moi cette saison :
- Physique : maintenir au moins une heure de travail quotidien, séances de performance incluses entre les entraînements collectifs. La base de la préparation physique compte plus à 41 ans qu’à 25.
- Point fort : être le premier nom auquel mon coach pense quand il pense réception. Progresser sur ce que je fais déjà bien pour être irremplaçable à ce poste.
- Point faible : améliorer mon bloc. Je pars de bas, la marge est grande.
- Collectif : transmettre mon expérience aux plus jeunes. À 41 ans, c’est une des choses les plus utiles que je puisse apporter à l’équipe.
Les objectifs court terme
Découpe ta saison en périodes d’un à deux mois. Si tu t’entraînes souvent, révise chaque mois. Ça permet d’ajuster si tu stagnes, d’accélérer si tu avances vite.
Étape 3 : transforme chaque objectif en actions SMART
Un objectif sans actions concrètes, c’est un voeu. Le cadre SMART te force à passer du vague au précis.
Voici comment je l’applique sur mon point fort, la réception :
Spécifique : être irréprochable en réception à chaque exercice, ne jamais être surpris complètement par un service.

Mesurable : un seul zip toléré par séance (ballon touché en réception qui part hors de portée du passeur) et jamais deux erreurs d’affilée. La moitié de mes réceptions doivent être des plateaux, le ballon monte haut et retombe près du filet dans la zone du passeur.
Atteignable : je zippe rarement, mais j’ai des phases de déconcentration. Être parfait sur un entraînement m’arrive déjà. L’objectif, c’est que ça arrive plus souvent.
Réaliste : oui, parce qu’une bonne réception met toute l’équipe dans de bonnes conditions. C’est un objectif utile et dans mes cordes.
Temporel : deux mois. Le temps d’avoir atteint un bon rythme physique et de ne plus avoir d’excuse pour être bien positionné.
Et sur mon point faible, le bloc, j’ai identifié deux leviers.
Le physique d’abord : cinq séances spécifiques détente par semaine en intersaison, une à deux pendant la saison.
La technique ensuite : mon problème n’est pas le timing du saut, c’est l’angle de mes bras. Le ballon passe entre mes bras ou me joue les mains parce que je suis mal orienté. J’ai décortiqué tout ce qui se travaille là-dessus dans le bloc au volley, 80 % technique.
Depuis quelques semaines, je demande des retours à mes coéquipiers après chaque contre. J’ai déjà réalisé que je pensais être bien orienté alors que je ne l’étais pas.
Étape 4 : mesure et ajuste au fil de la saison
Un objectif qu’on ne suit pas devient rapidement une bonne intention oubliée. Je tiens un tableau simple, rempli en quelques secondes après chaque entraînement, qui me dit en vert ou en rouge où j’en suis sur chaque objectif.
L’intérêt va dans les deux sens. Si tu es souvent dans le rouge, peut-être que la marche est trop haute ou que tu as besoin de retravailler ta méthode. Si tu es toujours dans le vert, la compétence est acquise : monte la barre ou passe à autre chose.
Au fil des semaines, ce cahier devient un registre de tes progressions. Chaque petit objectif atteint est une mini-victoire. Avec le temps, l’accumulation de ces victoires devient l’une des meilleures sources de motivation que tu puisses construire.
Prends un cahier, pas des feuilles volantes que tu vas mélanger et perdre. Et commence maintenant, même si ta saison est déjà bien avancée. Il n’y a pas de bon moment pour devenir méthodique, il y a juste le moment où tu décides de le faire.
Il faut rêver grand et que, quand tu dis ton rêve à quelqu’un mais qu’il ne se moque pas de toi, alors c’est que tu ne rêves pas suffisamment grand.
Tony Parker
Des objectifs écrits ne valent que si tu les relis. En cours de saison, ça donne un cap par pilier plutôt que dix chantiers ouverts ; en fin de saison, de quoi savoir si ton année a vraiment été bonne, au lieu de répondre au feeling.
Questions fréquentes sur les objectifs sportifs
Combien d’objectifs simultanés est raisonnable ?
Quatre objectifs principaux par saison est un bon équilibre : un physique, un point fort à consolider, un point faible à corriger, un collectif. Au-delà, tu te disperses et aucun objectif ne reçoit l’attention nécessaire pour vraiment bouger. En dessous, tu risques de stagner sur les autres dimensions de ton jeu. Si tu débutes la méthode, commence avec deux objectifs et ajoute progressivement les suivants en cours de saison.
Que faire si je n’atteins pas mes objectifs en fin de saison ?
Surtout ne pas considérer ça comme un échec. Un objectif non atteint apporte autant d’informations qu’un objectif atteint, parfois plus. Tu identifies ce qui a bloqué : marche trop haute, méthode inadaptée, blessure, contexte d’équipe. Cette analyse te permet de mieux calibrer la saison suivante. Le but n’est pas de cocher des cases, c’est de progresser. Un sportif qui rate la moitié de ses objectifs ambitieux progresse plus qu’un sportif qui valide tous ses objectifs trop faciles.
Cahier papier ou outil numérique ?
Le cahier papier a un avantage : il te force à écrire à la main, ce qui ancre les objectifs en mémoire bien mieux qu’un texte tapé. L’inconvénient, c’est que tu ne peux pas le consulter facilement n’importe où. Une appli ou un fichier sur ton téléphone te permet de relire tes objectifs avant chaque entraînement et de cocher tes mini-victoires en temps réel. Le bon compromis : cahier papier pour la rédaction initiale et la révision mensuelle, outil numérique pour le suivi quotidien.
À quel moment de la saison fixer ses objectifs ?
Idéalement pendant l’intersaison ou les deux premières semaines de la reprise, quand le contexte d’équipe est posé (effectif, niveau de compétition, planning d’entraînement). Mais le meilleur moment pour fixer tes objectifs, c’est maintenant. Si la saison est déjà à mi-parcours, fixe des objectifs sur la deuxième moitié. Si tu es en compétition continue, fixe-les sur les 3 prochains mois. Le calendrier ne doit pas être une excuse pour repousser. Et puisque l’intersaison est le moment idéal, autant en profiter pour bien la préparer : voici comment aborder ton avant-saison sans repartir de zéro.
Pour aller plus loin
L’endurance dans l’effort, la qualité qui transforme la méthode en résultats
Tous les outils de cet article ne valent rien sans la qualité qui fait tenir une routine sur 8 mois quand la motivation des premiers jours s’est éteinte. Cette qualité-là est entraînable, et c’est elle qui sépare les sportifs qui valident leurs objectifs de ceux qui les abandonnent en novembre.
L’endurance dans l’effort →vus dans cet article








