Soccer match in progress with players in action on a green field, focusing on a player wearing number 7 jersey.

Progresser sans centre de formation : le cadre que personne ne te donne

À 17 ans, j’étais le seul joueur de l’équipe à ne pas être en sport-études. On jouait surclassés, avec les adultes, sur un filet plus haut, et on gagnait pas mal de matchs. Ça énervait les adultes, tous ces petits cons. Sauf que je n’étais pas là pour faire le jeu, j’étais là pour faire le nombre : l’équipe était juste en joueurs réguliers, et sans remplaçant j’avais pas mal de temps de jeu. Eux avaient trois ou quatre entraînements de plus que moi par semaine, ils jouaient ensemble depuis des années, et certains ont fini champions de France des centres de formation. Moi j’avais un an de plus qu’eux, je découvrais tout, et j’étais perdu sur le terrain au début.

Je n’ai jamais rattrapé cet écart. Pas parce qu’il était irrattrapable. Parce que je l’ai pris pour un verdict.

Ce que j’ai conclu à 17 ans, et qui était faux

Je m’éclatais. C’est important de le dire, parce que ça explique tout le reste : quand tu t’éclates, rien ne te pousse à en faire un peu plus. J’ai constaté l’écart, je l’ai trouvé énorme, et ça ne m’a jamais donné l’idée d’essayer de le combler. Pas une seconde. Dans ma tête, il y avait eux, qui avaient le niveau, et moi, qui avais la chance de jouer avec eux.

Avec vingt-cinq ans de recul, je vois ce qui s’est passé. Un écart, quand personne ne te dit qu’il se travaille, tu le lis comme une différence de nature. Eux sont doués, toi tu es là. Et un écart qu’on lit comme une différence de nature, on ne cherche pas à le réduire, on s’y installe.

Ce qui m’aurait changé, ce n’est pas un talent en plus. C’est quelqu’un qui aurait été plus exigeant avec moi à l’entraînement, ou qui m’aurait proposé un peu de travail spécifique pour rattraper le retard. Je l’aurais fait. Je le sais, parce que des années avant, à l’aviron, j’avais eu exactement ça : des séances physiques en plus, à côté de la technique. Je ne trouvais pas ça anormal, je trouvais ça normal. Au volley, personne ne me l’a proposé. L’écart technique devait être trop grand pour qu’on attende quelque chose de moi, et je ne l’ai pas demandé non plus, parce que je ne savais pas que ça se demandait.

Ce qu’ils avaient et que je n’avais pas

Un centre de formation, un sport-études, un cursus dédié, ça donne trois choses qu’on ne voit pas quand on est dehors.

Des connaissances. Comment le corps progresse, comment un geste se construit, ce qu’une saison demande. Eux l’apprenaient tous les jours, en même temps que le geste.

Du travail organisé. Trois ou quatre séances de plus par semaine, oui, mais surtout des séances qui savent où elles vont. Pas du volume, de la direction.

Et un regard. Quelqu’un qui te voit toutes les semaines, qui attend quelque chose de toi, et qui te le dit quand ce n’est pas là. C’est ça, l’exigence. Ce n’est pas de la dureté, c’est de la présence.

Quand tu n’as pas ce cadre, tu n’as pas seulement moins d’heures. Tu n’as personne pour te dire que l’écart est une distance et pas un mur. Et tu pars avec un train de retard que tu ne vois même pas comme un retard.

Le niveau autour de toi fabrique ta motivation, dans les deux sens

Après Cannes, j’ai joué en universitaire et en club, à un niveau plus modeste. Là, je faisais partie des meilleurs. Et c’est à ce moment-là que je me suis dit, pour la première fois, que ça valait le coup de persévérer un peu. Pas pour faire carrière, je le savais. Pour jouer à un niveau correct, et le tenir.

Ça m’a pris du temps pour comprendre ce que ces deux périodes racontent ensemble. À Cannes, le niveau des autres m’a tiré vers le haut techniquement, mais il m’a éteint mentalement : l’écart était trop grand pour ressembler à un objectif. En universitaire, le niveau des autres ne me tirait plus vers rien, mais il m’a allumé : j’étais capable, donc j’avais envie. Le même joueur, avec la même marge, et une motivation qui dépend entièrement de ce qu’il voit autour de lui.

C’est pour ça que le talent ne suffit pas à expliquer qui progresse. La motivation n’est pas dans le joueur, elle est dans ce qu’il se dit de l’écart. Et ce qu’il se dit de l’écart, c’est ce que son cadre lui apprend à se dire. Sans cadre, tu te le dis tout seul, et tu te le dis souvent mal. J’ai écrit ailleurs pourquoi la motivation ne se décrète pas et vient d’un but clair : ici, c’est le but lui-même qui manquait, parce que personne ne m’avait aidé à le formuler.

Vingt ans à me construire un cadre, sans le savoir

Je suis entré dans le monde du travail à 21 ans, avec une famille, un travail en équipe à horaires changeants, et des périodes de nuit. Le sport est passé derrière, mais il est resté. Vers 25 ans, mon club m’a proposé une passerelle vers l’équipe première, en nationale, tout en gardant la régionale. Je l’ai faite. Je ratais un entraînement sur trois, un match sur trois, et j’étais cassé quand j’étais là. J’ai arrêté en cours de saison. Ce n’était pas le niveau qui manquait, c’était tout le reste, et personne ne m’a aidé à organiser tout le reste, parce que ce n’est pas le rôle d’un club amateur.

Ensuite, des années moyen en prénationale, j’ai raconté le reste de ce parcours ailleurs. Toujours passionné, mais plus aucune idée de jouer plus haut. Je n’avais pas renoncé, je ne me posais plus la question. C’est la version adulte du verdict de Cannes : on ne se dit plus « je ne peux pas », on ne se dit plus rien.

Ce que j’ai construit à quarante ans, et que j’aurais pu construire à dix-sept

À l’approche de la quarantaine, le corps a commencé à lâcher, et je me suis mis en tête de ne pas régresser. C’est un but modeste. C’est pourtant le premier vrai but que je me suis donné depuis Cannes, et c’est lui qui a tout déclenché.

J’ai construit, seul et petit à petit, une routine de vie qui remet le sport au centre. C’est plus facile quand les enfants gagnent en autonomie et quand on maîtrise son travail sans vouloir s’y tuer, je ne vais pas prétendre le contraire. Mais ce que j’ai construit, un joueur de 17 ans peut le construire, et bien plus vite que moi.

La première brique n’a rien de glorieux. Je ne me suis pas mis à m’entraîner plus. Je me suis mis à comprendre pourquoi je jouais diminué : les douleurs musculaires, les tendinites, ce qui revient après une grosse séance et ce qui part le lendemain. J’ai poncé le sujet à fond, parce que jouer entier était devenu la condition de tout le reste. C’est ça qui a été le premier palier, et il a tenu tout seul un bon moment avant que j’ose y ajouter quelque chose.

Ensuite seulement, du renfo, une à deux fois par semaine, quand j’y arrivais. Puis le foot à cinq du jeudi midi m’a montré une chose que dix ans de volley ne m’avaient pas apprise : le fractionné me faisait réagir plus vite et plus fort sur les petits appuis, exactement ce qui me manquait au filet. Chaque brique en faisait apparaître une autre. Plus j’en faisais, plus je captais de nouvelles choses à faire, et mon attention et mon énergie se sont recentrées, progressivement, sur ma pratique. Un cercle vertueux, mais qui a commencé par une seule question : qu’est-ce qui m’empêche de jouer entier ?

Ce que j’ai compris en le faisant : le cadre que les centres de formation donnent, je m’en suis fabriqué une version à la main. Des connaissances, en allant chercher ce que les pros expliquent maintenant partout, et en m’intéressant à la façon dont le cerveau fonctionne, parce que c’est ce qui relie tout. Du travail organisé, en notant ce que je faisais et en regardant ce qui changeait vraiment quelque chose. Et le regard, celui qui manquait le plus : je me le suis donné moi-même, chaque semaine, par écrit. Ce n’est pas un entraîneur. C’est un rendez-vous avec soi qui ne saute pas.

Le talent et le travail, et lequel des deux tu contrôles

Tous les grands joueurs le disent, et ils ont raison : ils ont du talent, et ils ont travaillé. Les deux. J’ai déjà écrit pourquoi le talent n’existe pas vraiment dans le sport, au sens où il ne décide de rien tout seul. Ce que ça veut dire pour celui qui est hors circuit, c’est simple et pas très confortable. Le talent, tu ne le contrôles pas, et le cadre, on ne te l’a pas donné. Il reste le travail, et c’est la seule variable qui soit à toi.

Je ne vais pas te promettre que tu rattraperas ceux qui ont eu le cadre. Je ne les ai pas rattrapés. Mais celui qui doit se construire son cadre tout seul développe quelque chose que le cadre imposé ne développe pas : il apprend à tenir sans qu’on le tienne. Ce n’est pas une récompense, c’est un sous-produit. Et c’est exactement ce qui décide d’une saison à partir de novembre, quand la motivation des premiers jours est partie et que personne ne viendra te chercher.

La part du cadre que je peux te donner

Je ne peux pas te donner les séances, ni l’exigence d’un entraîneur qui te connaît. Personne ne peut le faire à distance, et ceux qui te le vendent te vendent du générique. Ce que je peux te donner, c’est le regard régulier, celui que je me suis donné à quarante ans par écrit : une question après chaque match, une trace de chaque séance, un rendez-vous le dimanche à 18 h pour lire la semaine à travers ce que tu vises. C’est ce que fait le carnet, et rien d’autre.

À 17 ans, à Cannes, il m’aurait fallu quelqu’un pour me dire que l’écart se travaillait, et un endroit pour voir semaine après semaine qu’il bougeait. J’ai mis vingt ans à me le construire. Ça peut prendre des semaines.

Commence par dire ce que tu veux cette saison. Une chose, celle que tu dirais à un pote. Le reste s’organise autour, et si tu veux voir à quoi ressemble un cap bien posé, j’ai détaillé les miens saison par saison.

Et toi, cette saison ?

Une chose. Celle que tu dirais à un pote.

Tape ton cap, puis note ton dernier match. Deux minutes, et le carnet commence à te parler de ce que tu vises.

Passer titulaire Monter de division Un geste précis Sans blessure Le plaisir

Poser mon cap ›

Gratuit · sans compte · ça reste sur ton téléphone

Passe du constat au carnet

Ce que ces articles décrivent, l’outil te le fait voir sur ton jeu. Deux minutes après chaque match, et le brouillard se lève.

Ouvrir mes objectifs