Black and white photo captures a thrilling moment in an indoor basketball game with players reaching for the hoop.

C’est quoi un bon joueur ?

J’en parlais la semaine dernière avec deux coéquipiers de mon équipe : c’est qui la meilleure équipe du championnat cette saison ?

Pour eux, pas de débat, c’était le TOAC. Club connu sur Toulouse, équipe pro, bonnes équipes de jeunes, et chez les seniors un effectif rempli de gamins doués, très jeunes, qui collent des smashs de fou à la chauffe et qui font des trucs dont je serai jamais capable. Sur le papier, l’équipe la plus talentueuse de la poule. Sauf que dans les faits, ils ont fini 3°. Moins réguliers en match, et encore moins quand la pression arrive. Dans deux saisons, ils seront bien meilleurs, c’est évident. Mais aujourd’hui, malgré le talent, ça n’a pas suffi.

À côté, je leur ai parlé de Fonsorbes. Champions cette année, déjà deuxièmes la saison passée. Effectif plus expérimenté, plus régulier, surtout dans les moments tendus. Pas le même talent brut, mais ils gagnent.

C’est là que la définition de « bon joueur » change selon à qui tu parles. Et c’est là que je remarque que beaucoup de jeunes confondent deux choses très différentes.

Bon joueur ou gros potentiel ?

Faire un geste une fois de temps en temps, c’est du potentiel.

Le faire dès que c’est nécessaire, régulièrement, et même quand le jeu est dur, c’est la maîtrise.

C’est énorme comme différence. Parce qu’entre le moment où tu sors un geste à l’entraînement et celui où tu le sors en match à 14-14 dans le 5e set, il y a une montagne à gravir. C’est tout le sujet du geste qui craque sous pression : pourquoi il passe à l’entraînement et lâche en match.

Le talent, c’est juste la matière brute

Pour qu’il devienne du jeu vraiment utilisable, il faut empiler plusieurs couches par-dessus.

Le mental, pour le faire quand la pression écrase tout le monde. Le physique, pour le faire dans la durée quand l’intensité monte. L’intelligence de jeu, pour le faire au bon moment, sur la bonne balle, et que ça serve à l’équipe. J’en ai d’ailleurs fait un article entier sur l’observation et la lecture du jeu. Et on pourrait en ajouter encore : la concentration, la lecture, la gestion des émotions, l’humilité d’accepter de pas tout réussir. Chaque filtre divise le nombre de joueurs qui passent à l’étape suivante.

C’est pour ça que beaucoup de joueurs « doués » plafonnent. Le talent leur a permis d’arriver à un niveau correct sans trop forcer, et au moment où il faudrait bosser tout le reste, ils n’ont pas l’habitude. Pendant que d’autres, moins talentueux à la base, ont passé des années à construire ces couches-là.

Mon critère perso : la régularité

L’autre façon que j’ai de juger si un joueur est bon, c’est de regarder sa saison entière.

Pour moi, un bon joueur c’est un joueur qui rate au maximum un ou deux matchs sur la saison, et qui le reste du temps tourne à au moins 6 ou 7/10. À son niveau, évidemment. Un 7/10 en R3 et un 7/10 en N3, c’est pas le même contenu. Mais l’idée est la même : être un appui fiable pour son équipe, semaine après semaine.

S’il fait un match à 9/10 et derrière trois matchs à 3/10, à 5/10, à 4/10, c’est pas un bon joueur. C’est un joueur à potentiel. Le jour où il aura géré sa concentration, sa pression, sa préparation, ou n’importe quoi qui le fait osciller comme ça, il deviendra un bon joueur.

Tu veux savoir où tu te situes vraiment ?

La seule façon de répondre, c’est de noter chaque match sur la durée et de regarder ta moyenne. JDC te permet de le faire en 30 secondes après chaque rencontre.

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Salah, l’exemple qui parle à tout le monde

Le meilleur exemple que j’ai en tête, c’est Mohamed Salah.

Je me souviens de lui à la Roma. Joueur de highlights typique. Il faisait une action de fou de temps en temps, puis on l’oubliait pendant 70 minutes. Un attaquant rapide, doué, frustrant. Le genre de profil qu’on voit défiler dans tous les championnats européens : du talent, pas de régularité.

Et puis il est arrivé à Liverpool. Et là, il a basculé dans une autre catégorie. Pas en devenant plus talentueux (le talent il l’avait déjà), mais en enchaînant les perfs, en restant régulier, en répondant présent quand l’équipe en avait besoin. Sur plusieurs saisons, il a tout simplement été un des meilleurs joueurs du monde.

Même bonhomme, même pied gauche, deux statuts complètement différents. La différence, c’était pas le geste. C’était tout ce qu’il y a autour.

Le smasheur du dimanche

En volley amateur, on l’a tous croisé celui-là. Le gars avec une énorme détente, qui claque un smash dans les 3 mètres à la chauffe ou sur une balle où le contre est à la rue. Le truc qui te fait dire « wahou » sur le banc.

Et en match : deux ballons dans le filet, une balle dehors, contré deux fois, et un point de temps en temps quand tout est aligné.

C’est tellement jouissif un smash bien claqué que beaucoup oublient ce qu’il y a derrière. La construction collective qui met l’attaquant en position idéale, la réception propre, la passe haute et bien posée, le bloc qui ferme une zone, la défense qui relance. Un attaquant fait rarement la différence tout seul. Il la fait dans un système qui le porte.

Et un attaquant qui met 60% de ses balles dans le terrain en gérant des situations moins faciles vaut mille fois mieux qu’un attaquant qui en claque trois d’anthologie et en rate douze.

Un bon joueur rend son équipe meilleure

Il y a une dernière définition que je trouve encore plus juste, mais aussi plus dure à mesurer : un bon joueur, c’est un joueur qui rend son équipe meilleure quand il est sur le terrain.

Ça peut passer par les gestes techniques évidemment. Quand tu mets le ballon dans le bon coin ou que tu fais un contre décisif, ça saute aux yeux. Mais ça passe aussi par tout ce qui se voit moins : le positionnement, la couverture, l’abattage à la défense, la grinta qui réveille tout le monde, la propreté technique qui simplifie le jeu des autres, la communication qui structure le placement collectif.

Tout ça, ça compte rarement dans les highlights. Ça compte tout le temps dans les résultats.

Alors, t’es un bon joueur, toi ?

La seule façon honnête de répondre, c’est de regarder ta saison entière. Pas un match. Pas une action. Une saison.

Tu rates combien de matchs au final ? Tu tiens ta moyenne ? Tu es là dans les matchs qui comptent ? Tu rends tes coéquipiers meilleurs ?

C’est pour ça qu’avoir un suivi sérieux de tes matchs, sur la durée, change complètement la conversation. Tu sors du ressenti (« ouais je joue bien en ce moment ») pour passer au factuel. Et c’est là que tu sais vraiment où tu en es : bon joueur, gros potentiel, ou un peu des deux.

Si le sujet de noter ses matchs t’intéresse plus en détail, j’ai écrit un article qui explique pourquoi je note chaque match de la saison et ce que ça change.

Et toi, tu joues comment cette saison ?

Note tes matchs, regarde ta régularité, fais ton bilan. C’est gratuit, ça reste sur ton appareil, ça change ta saison.