Captured intense moment during a soccer match under clear skies.

Le numéro 10 au foot : le meneur de jeu est-il en train de disparaître ?

Il y a un poste au foot qui a fait rêver plus que tous les autres. Celui de Zidane, de Maradona, de Platini. Le joueur autour de qui toute l’équipe s’organise, celui par qui passent presque tous les ballons, le cerveau, le chef d’orchestre. Son numéro, c’est le 10. Et le plus étrange, c’est que ce poste mythique est en train de disparaître du foot moderne.

Si tu as lu mon article sur le passeur au volley, ce rôle ne va pas te surprendre : dans tous les sports collectifs, il y a un joueur dont le métier est d’organiser le jeu des autres. Au volley, c’est le passeur, et il est intouchable, irremplaçable, central. Au foot, c’est le numéro 10. Sauf qu’au foot, contrairement au volley, on est en train de s’en passer. C’est ce paradoxe que je veux te raconter.

C’est quoi un numéro 10, et pourquoi tout le monde rêvait de l’être

Le numéro 10, c’est le meneur de jeu. Il évolue entre le milieu et l’attaque, juste derrière l’avant-centre. Sa mission : organiser le jeu de son équipe, faire le lien entre la défense et l’attaque, et surtout délivrer la passe qui tue, celle qui débloque un match fermé. C’est lui le chef d’orchestre, le maestro, celui qui voit avant tout le monde. Voir avant de recevoir, comme disent les footeux : il a déjà décidé quoi faire du ballon avant même de le toucher.

Pendant des décennies, ça a été le poste le plus admiré du foot, celui dont les gamins rêvaient. Zidane, Platini, Maradona, Riquelme, Özil : tous des numéros 10, tous des leaders techniques qui rendaient leurs coéquipiers meilleurs. En France particulièrement, on a une histoire d’amour avec ce poste, de Kopa à Zidane en passant par Platini. Être numéro 10, ce n’était pas qu’une position, c’était un état d’esprit : jouer avec la tête autant qu’avec les pieds.

Pourquoi le numéro 10 est en train de disparaître

Et puis le foot a changé de rythme. Il est devenu plus rapide, plus intense, et surtout il s’est mis à presser partout. Une phrase de Jürgen Klopp résume tout : le pressing, c’est son meilleur meneur de jeu. Autrement dit, on n’a plus besoin d’un génie pour créer, il suffit de récupérer le ballon très haut et d’aller vite. Dans ce foot-là, le numéro 10 classique pose problème : il courait peu, défendait peu, sa seule mission était de donner le tempo quand son équipe avait le ballon. Un luxe que plus aucune grande équipe ne peut se permettre, parce qu’aujourd’hui les dix joueurs de champ doivent défendre.

Alors le rôle ne s’est pas vraiment éteint, il s’est dispersé. La création s’est répartie sur trois autres profils. Le milieu bas qui organise depuis l’arrière, le regista, version moderne du numéro 6. L’avant-centre qui décroche pour créer, le fameux 9,5. Et surtout les ailiers : les joueurs qui tiennent les clés du jeu se sont déplacés sur les côtés. Messi, Hazard, Griezmann, les vrais créateurs des quinze dernières années jouaient le plus souvent excentrés, plus sur un côté que dans l’axe. C’est exactement ça, le point : la création est partie sur les ailes. Pose-toi la question, tu connais une grande équipe qui joue aujourd’hui avec un vrai meneur de jeu à l’ancienne, planté dans l’axe ? Moi, j’ai du mal à en trouver.

Le cas Harry Kane : le 9 qui joue 10

Et puis il y a les joueurs qui font survivre le rôle sans porter le numéro. Mon préféré, c’est Harry Kane, que j’adore. Sur le papier, c’est un pur numéro 9 : avant-centre, capitaine de l’Angleterre, meilleur buteur de l’histoire de sa sélection, des buts à la pelle au Bayern. Mais quand tu le regardes jouer, c’est un numéro 10 autant qu’un 9. Il décroche, il vient chercher le ballon très bas, il oriente le jeu, il sert de relais entre le milieu et l’attaque.

Ce n’est pas nouveau : sous Mourinho à Tottenham, on exploitait déjà sa qualité de créateur, et une saison il a fini meilleur buteur et meilleur passeur de Premier League, ce qui est presque contre nature pour un avant-centre. À ce Mondial, contre la Croatie, c’était flagrant : il a marqué comme un 9, orienté le jeu comme un meneur, et même défendu comme un capitaine, en allant gratter des ballons dans sa propre surface. Kane, c’est la preuve que le métier de numéro 10 n’a pas disparu : il a été absorbé par un attaquant complet capable de tout faire. La création ne s’est pas perdue, elle a déménagé dans le 9.

Le retour possible : Cherki, Olise et la nouvelle génération

Maintenant, est-ce que le vrai numéro 10 est mort pour de bon ? Pas si sûr, et c’est là que ça devient excitant. Des profils de créateurs purs continuent d’émerger, et deux noms français le montrent bien.

Rayan Cherki, d’abord. C’est un numéro 10 à l’ancienne dans le texte : un meneur de jeu qui casse les défenses par ses passes et ses dribbles, un créateur absolu. Formé à Lyon, il a rejoint Manchester City pour y remplacer Kevin De Bruyne, rien que ça, et il fait partie du groupe de l’équipe de France pour ce Mondial. Qu’un club comme City, dirigé par Guardiola, mise sur ce profil, ça dit quelque chose.

Michael Olise, ensuite. Lui est plus un ailier créateur qu’un 10 pur, mais il rentre sans cesse dans l’axe pour organiser, et ses chiffres au Bayern donnent le vertige, autour de 15 buts et presque 20 passes décisives sur une saison. Avec Cherki, ils forment une paire qui se comprend les yeux fermés, et le simple fait que Deschamps les teste ensemble montre que la création revient à la mode.

Mais attention, le piège moderne n’a pas disparu pour autant. Cherki, par exemple, ne défend quasiment pas, et c’est précisément pour ça que Deschamps hésite à le titulariser et le garde souvent comme joker pour la fin de match. C’est exactement la tension qui a tué le 10 classique : la création, oui, mais pas au prix d’un trou défensif. Donc le numéro 10 ne revient pas tel quel. Il revient en négociant avec les exigences du foot moderne. C’est moins romantique, mais c’est sans doute comme ça qu’il survivra.

Et toi, dans ton équipe amateur ?

Ce qu’il faut retenir, c’est que la grande qualité du numéro 10, ce n’est pas la vitesse ni le physique, c’est la tête. Voir avant de recevoir, lire les espaces, choisir la bonne passe. Un joueur comme Thiago Alcantara résumait bien l’idée : quand tu n’es pas le plus rapide avec les pieds, tu dois être le plus rapide avec la tête. C’est une excellente nouvelle pour le foot amateur : tu peux être le cerveau de ton équipe sans être le plus athlétique, à condition de bosser ta lecture du jeu. C’est tout le sujet de l’intelligence de jeu.

La deuxième leçon, c’est celle de la disparition elle-même. Dans le foot d’aujourd’hui comme dans ton match du jeudi, le créateur qui ne court pas et ne défend pas est un luxe que l’équipe paie cash. Si tu es le meneur, ta vision est en or, mais tu dois aussi mettre la main à la pâte dans les tâches ingrates. C’est d’ailleurs tout l’inverse de la sentinelle, ce poste de l’ombre qui, lui, n’a jamais été aussi recherché : pendant que le 10 s’efface, le récupérateur monte. Les deux faces d’un même foot devenu plus exigeant.

Et si ce rôle d’organisateur te parle, sache qu’il existe dans tous les sports collectifs sous des noms différents : le passeur au volley, le meneur au basket, l’ouvreur au rugby. J’en ai fait le tour, sport par sport.

Ce que faisait le 10, personne ne l’a jamais reçu à la naissance : ça se construit. La méthode complète, pilier par pilier, est dans comment être fort au foot.

Le numéro 10, c’est l’intelligence de jeu incarnée. Et la bonne nouvelle, c’est que ça se travaille.

Lire le jeu, anticiper, choisir la bonne passe : l’Académie te fait bosser ces concepts un par un, à ton rythme.

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Pour finir

Le numéro 10, le poste le plus romantique du foot, celui qui nous a fait aimer ce sport, est en train de s’effacer dans sa version pure. Mais regarde bien : un Cherki qui éclaire un match, un Kane qui décroche pour distribuer, et tu comprends que le rôle n’est pas mort. Il s’est dilué dans toute l’équipe. Le cerveau est toujours là, simplement il est partagé entre plusieurs joueurs au lieu d’un seul. C’est peut-être moins beau, mais c’est toujours du foot.

Et pour situer ce poste parmi les autres, j’ai fait le tour complet des postes au foot, du gardien à l’avant-centre.