Players in action during an outdoor soccer match on a sunny day in France.

Le latéral au foot : comment le bouche-trou est devenu un facteur X

Il y a un poste au foot qui a plus changé que tous les autres en quinze ans, au point qu’on a du mal à le reconnaître. Avant, c’était simple : le latéral, c’était souvent le joueur qu’on plaçait là en dernier, celui qu’on rangeait dans le couloir pour qu’il ne gêne pas trop le reste de l’équipe. Pas le plus doué, pas le plus créatif, juste quelqu’un pour défendre son côté sans faire de bêtise.

Aujourd’hui, c’est presque l’inverse. Le latéral est devenu un des postes les plus excitants et les plus exigeants du jeu, et c’est de plus en plus un joueur offensif, qui vient de loin et qui pèse jusque dans la surface adverse. Comment on est passé de l’un à l’autre, c’est une vraie histoire de foot moderne.

C’est quoi un latéral, et pourquoi c’était le poste qu’on choisissait en dernier

Le latéral, c’est le défenseur de couloir : un à droite, un à gauche, les numéros 2 et 3 dans la numérotation classique. Sa mission de base n’a pas bougé : défendre son flanc, empêcher l’ailier adverse, souvent un des joueurs les plus rapides du terrain, de passer, et ne pas perdre de ballons bêtement dans une zone dangereuse.

Longtemps, ça s’arrêtait là. Le latéral d’antan, c’était un défenseur strict, rien de plus. On ne lui demandait pas de créer, juste de ne pas couler. C’est pour ça qu’il a longtemps été le poste le moins valorisé, le bouche-trou du dispositif. Tu sais faire deux ou trois trucs mais tu n’as pas le niveau pour briller au milieu ou devant ? Tiens, tu joueras latéral.

Le poste qui a le plus évolué

Et puis le foot a compris quelque chose : les couloirs, c’est de l’espace libre. Quand tout le monde se densifie dans l’axe, c’est sur les côtés qu’on trouve du temps pour construire. Le latéral est devenu le joueur qui parcourt souvent le plus de distance de toute l’équipe, parce qu’on lui demande désormais les deux : défendre son côté quand l’équipe recule, et le remonter pour apporter le surnombre quand elle attaque. Déborder, centrer, parfois être premier relanceur pour casser le pressing, puis sprinter en sens inverse pour réparer.

Ce basculement a même changé la façon de construire les équipes. Comme un latéral très offensif laisse des trous derrière lui, beaucoup d’entraîneurs compensent en passant à trois défenseurs centraux pour couvrir. Le couloir, hier secteur secondaire, est devenu une zone clé, et le latéral est passé de bouche-trou à facteur X. Et le plus intéressant, c’est que cette évolution a accouché de plusieurs façons opposées d’interpréter le poste. Trois en particulier.

Le modèle Hakimi : le latéral total

Si tu veux le latéral moderne dans sa version la plus aboutie, regarde Achraf Hakimi au PSG. Le mot qui revient tout le temps sur lui, c’est infatigable : une vitesse et une endurance qui lui permettent de faire l’aller-retour sur tout son couloir pendant 90 minutes sans baisser le pied. Il attaque comme un ailier, défend comme un central, et lit le jeu comme un milieu. On a même dit de lui qu’il avait réinventé le poste.

Et ce n’est pas qu’une question de courses : il est décisif. Buteur et passeur dans les plus gros matchs, il a été un des hommes forts des deux Ligues des champions gagnées par Paris. C’est ça, le sommet du latéral d’aujourd’hui : un joueur qui défend son côté et qui change le cours d’un match par sa montée. Le contraire exact du bouche-trou d’avant.

La version Guardiola : le latéral qui rentre dans l’axe

Autre interprétation, plus surprenante, venue de Pep Guardiola : le latéral inversé, ou latéral axial. L’idée : au lieu de monter le long de la ligne de touche, le latéral rentre dans l’axe quand son équipe a le ballon, pour densifier le milieu et aider à la construction. En clair, il devient un demi de terrain à temps partiel.

L’exemple parfait, c’est João Cancelo sous Guardiola à Manchester City. Un latéral de formation qui se retrouvait régulièrement au cœur du jeu, à orienter et relancer comme un milieu. Le concept n’est pas tout neuf (Guardiola l’avait déjà esquissé avec Philipp Lahm au Bayern), mais Cancelo en a été la version la plus spectaculaire. Ça dit à quel point le poste s’est étiré : un défenseur de couloir qui finit organisateur dans l’axe.

La version Deschamps : la solidité d’abord

À l’opposé total, tu as la philosophie de Didier Deschamps en équipe de France. Lui, la priorité, c’est la sécurité. Plutôt qu’un latéral offensif, il a longtemps préféré aligner un défenseur central de formation dans le couloir : Jules Koundé, central à la base, est son arrière droit depuis quatre ans, choisi d’abord pour sa solidité. Et pour les plus gros matchs, la tentation de pousser le curseur encore plus loin, jusqu’à quatre vrais défenseurs centraux alignés derrière, n’a jamais été loin.

Tu as raison de sentir qu’il a un peu évolué : il a testé des profils plus offensifs, et Koundé lui-même cherche à apporter devant. Mais l’instinct sécurité est toujours là, et le Mondial 2026 le montre en direct. Dès le premier match contre le Sénégal, Koundé est monté trop haut, a négligé les tâches obscures, a laissé des espaces dans son dos, et Deschamps l’a recadré à la mi-temps pour qu’il reste plus discipliné. Deux écoles cohabitent donc encore au sommet : celle qui fait du latéral une arme offensive, et celle qui en refait d’abord un défenseur.

Et toi, dans ton équipe amateur ?

La première chose à retenir, c’est que latéral n’est plus une punition. C’est devenu un des postes où tu peux le plus peser, des deux côtés du terrain. Mais c’est aussi, physiquement, le plus dur : personne ne court autant. Si on te met là, prépare le moteur, parce que la différence entre un bon et un mauvais latéral amateur, c’est souvent juste la capacité à être encore capable de redescendre défendre à la 80e minute.

La deuxième, c’est une histoire de timing, et elle rejoint exactement ce que je disais sur la sentinelle : tout est dans le choix du moment où tu montes et du moment où tu restes. Un latéral qui attaque mais ne revient jamais laisse un boulevard derrière lui, pile l’espace qu’il devait garder (c’est exactement ce qui est arrivé à Koundé contre le Sénégal). Savoir quand se projeter et quand tenir, c’est de l’intelligence de jeu pure, et ça se travaille en regardant autant qu’en jouant.

La troisième : quand tu montes bien, tu ne le fais pas pour toi. Un bon dédoublement libère ton ailier, fixe un défenseur, crée le surnombre. C’est une des façons les plus concrètes de rendre tes coéquipiers meilleurs sur un côté.

Le latéral moderne n’est pas devenu un facteur X par magie, il l’est devenu à force de travail ciblé. Si tu veux la même logique appliquée à ton jeu, elle est dans comment devenir fort au foot.

Le latéral, c’est le poste le plus physique du terrain : c’est celui qui court le plus.

Si tu veux tenir tes montées jusqu’à la fin du match, tout se joue sur ta charge et ta récup. Suis-les simplement, semaine après semaine.

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Pour finir

Le latéral est passé du poste dont personne ne voulait à un des plus excitants du foot moderne. La prochaine fois que tu regardes un match, ne reste pas sur le ballon : suis les montées du latéral. Tu verras qu’une bonne partie de la largeur et du danger de l’équipe vient d’un joueur qui, sur le papier, est un défenseur.

Et pour situer ce poste parmi les autres, j’ai fait le tour complet des postes au foot, du gardien à l’avant-centre.