A group of male athletes race over haystack obstacles during a competition in Almeirim.

Tu cours, tu soulèves… et après ?

Depuis quelques années, tout le monde s’est mis au sport. La salle, le running, l’Hyrox. Les réseaux débordent de temps de course, de séances chronométrées et de routines matinales. Et sur le principe, tant mieux. Si ces activités remettent des gens en mouvement après des années de canapé, c’est une bonne nouvelle. Je ne vais pas cracher dessus.

Ce qui m’agace, c’est autre chose. Le nouveau converti qui te parle de son temps Strava à chaque repas, qui t’explique que l’Hyrox est le meilleur sport du monde « parce que là au moins tu bouges ». Le gars qui n’a rien fait pendant trente ans, se réveille un matin, et te vend sa nouvelle religion comme si personne n’avait jamais transpiré avant lui. Grand bien lui fasse. Mais il oublie un truc.

Simple ne veut pas dire facile

Quand je dis que ces sports sont simples, attention au contresens : je ne dis pas qu’ils sont faciles. Courir un marathon, c’est dur. Une séance d’Hyrox, c’est violent. Le « simple » dont je parle n’a rien à voir avec l’effort fourni.

Simple, ça veut dire peu de paramètres à gérer. Un geste, répété. Tu cours, tu poses un pied devant l’autre, encore et encore. Tu soulèves, tu reproduis le même mouvement. Pour progresser, il « suffit » (façon de parler, parce que c’est dur) de refaire : plus longtemps, plus lourd, plus vite. C’est exigeant, mais sur une seule dimension.

C’est l’inverse de complexe, qui veut dire beaucoup de paramètres à gérer en même temps. Rien à voir avec la difficulté de l’effort, tout à voir avec le nombre de choses que ton cerveau doit traiter d’un coup.

Le sport complexe, c’est jongler avec dix choses à la fois

Prends le volley, le tennis, n’importe quel sport collectif. Là, tu dois gérer simultanément ton geste technique, ta lecture du jeu, un adversaire qui change tout en permanence, ton placement, le timing, et dans un sport co, tes coéquipiers par-dessus. Le geste pur ne suffit jamais.

C’est pour ça que ces sports ont une vraie barrière à l’entrée. Pas (seulement) une barrière d’argent, une barrière technique. Tu ne débarques pas pour « bien jouer » au volley dès le premier jour. Il te faut un socle, technique et physique, avant même de commencer à prendre du plaisir dans le jeu. Courir, non : tu enfiles des baskets et tu y vas. C’est précisément ce qui rend ces sports si accessibles, et c’est tant mieux. Mais accessible et complet, ce n’est pas la même chose.

La prépa physique, c’est un moyen, pas une fin

Alors oui, commence par là si tu en as besoin. Reprendre une condition physique avec un sport simple, c’est un excellent point de départ. C’est cadré, accessible, ça ne demande pas d’apprendre un geste pendant six mois avant de transpirer.

Mais une fois la base récupérée, pitié, sers-t’en. Ne reste pas à empiler les kilomètres et les répétitions comme si c’était le sommet. Ajoute des dimensions à ta pratique : du jeu, des sensations, des adversaires, de la technique, un collectif. C’est là que le sport devient autre chose qu’un entretien mécanique du corps.

Moi le premier, j’ai fini par me mettre au renfo, mais jamais comme un but. Le renfo, c’est ce qui me permet de mieux jouer, de durer, d’enchaîner les actions. Le jour où la prépa devient le sport, on a inversé le moyen et la fin.

Garder un corps utile

Il y a aussi la question du corps qu’on se construit. À force de chercher la performance sur une seule dimension, on finit par façonner un corps optimisé pour ça, et rien d’autre. Le coureur qui ne fait que courir. Le gars de salle qui empile la masse.

Ce qui m’intéresse, moi, c’est un corps utile. Capable de se déplacer, d’être habile, rapide, explosif, de répondre à une situation qui change d’une seconde à l’autre. Pas un corps de vitrine, ni une machine à répéter un seul geste. Un corps qui sait jouer.

« Tu devrais pas t’y mettre ? »

On me le sort souvent : tu veux pas te mettre au trail, au padel, à l’Hyrox ? Honnêtement, je n’ai rien contre. Mais ma réponse ne change pas : ce sera pour quand je serai vieux. Pour l’instant, je me sens encore trop jeune pour me restreindre.

Tant que mon corps me permet de tenir la complexité d’un vrai sport, le rythme, les adversaires, les enchaînements qui ne se ressemblent jamais, je n’ai aucune raison de réduire la voilure. Ces pratiques-là, je les garde sous le coude pour le jour où je ne pourrai plus suivre. Ce jour arrivera, je le sais. Mais il n’est pas encore là, et tant qu’il n’est pas là, je préfère jouer.

Pour conclure

Donc vas-y, cours, soulève, fais ton Hyrox si ça te remet en route. C’est une étape, et c’est une bonne étape. Mais ce n’est qu’une étape.

Le vrai terrain de jeu, celui où il faut gérer dix choses à la fois, où un adversaire te force à t’adapter, où tu ne t’ennuies jamais parce que rien ne se répète à l’identique, il t’attend juste après. Ce serait dommage de s’arrêter sur le parking de la salle.

Garde le cap

Vérifie que ton corps suit

La prépa n’est qu’un moyen. Note ta forme et tes gênes semaine après semaine pour savoir si ton corps encaisse, et ajuster avant que ça coince.

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Cale tes séances

Mets la prépa à sa juste place

Programme ton renfo et ton jeu pour qu’ils se complètent, sans que la prépa finisse par manger le plaisir de jouer.

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