La confiance ne revient pas en se répétant « je suis fort »
Au service, le pire truc que je puisse me dire, c’est « faut pas que je loupe ». À chaque fois que cette phrase me traverse, je sens que ça part mal. Et ce n’est pas un hasard : le cerveau ne traite pas le négatif. Quand tu te dis « faut pas que je loupe », l’image qu’il fabrique, c’est celle de la faute. Tu visualises exactement ce que tu veux éviter.
Ce qui marche, à l’inverse, c’est une consigne concrète et positive : « allez, une frappe bien ferme, ballon envoyé assez haut ». Là, le cerveau a une image nette à exécuter, pas une peur à contourner. C’est exactement le mécanisme qui fait qu’un geste réussi à l’entraînement craque en match : sous pression, la tête reprend la main sur un geste qui tournait mieux en automatique.
Je ne suis ni préparateur mental ni psy. Je joue au volley en amateur et, comme tout le monde, je traverse des passages où plus rien ne rentre. Ce qui suit, c’est ce que j’ai fini par comprendre sur le terrain, pas une méthode de labo. Prends ce qui te parle, laisse le reste.
« Je suis fort » contre « frappe ferme, ballon haut »
C’est là que beaucoup de conseils sur la confiance se plantent. On te dit de te répéter que tu es fort, de visualiser ta réussite. Sauf que mon cerveau n’est pas dupe : quand je viens d’enchaîner les fautes, me répéter « je suis fort » ne colle pas avec ce que je viens de vivre. Il y a une dissonance, et au lieu de me rassurer, elle me rappelle exactement ce que j’essaie d’oublier.
La nuance est importante. Une affirmation creuse sur ce que je vaux (« je suis fort »), ça ne prend pas. Une consigne précise sur l’action suivante (« frappe ferme, ballon haut »), ça marche, parce que le cerveau obéit à une image concrète. Le problème n’est pas la positivité, c’est la positivité abstraite, déconnectée du geste.
D’ailleurs, la confiance est un levier plus modeste qu’on ne le croit. Des chercheurs ont compilé des dizaines d’études sur plus de trois mille athlètes : le lien entre confiance et performance existe, mais il est faible, et il ne dépend même pas du niveau du joueur. La confiance n’est pas le bouton magique qu’on imagine. Raison de plus pour arrêter de la traiter comme tel.
La confiance, ce n’est pas un état, c’est un résidu
La confiance en soi, dans le sport, ce n’est pas quelque chose qu’on possède ou qu’on ne possède pas. C’est ce qui reste après avoir fait des choses. Un résidu d’expériences. Quand je suis confiant sur un terrain, c’est parce que j’ai des souvenirs concrets qui me disent que je sais faire ça. Pas parce que je me suis convaincu : parce que j’ai des preuves.
Et des preuves, à force, j’en ai un paquet. Ça fait des années que je joue, j’ai touché des milliers de ballons. J’en ai loupé plein, et j’en louperai encore. Quand je me remets ça en tête, la pression d’un point retombe d’un coup. What else ? Je suis là pour m’éclater à faire les gestes que je réussis, pas pour jouer ma vie sur une réception.
La confiance ne précède pas l’action, elle en découle. On n’attend pas d’être confiant pour bien jouer. On joue, ça se passe correctement, et elle revient en arrière-plan, sans qu’on l’ait cherchée.
Comment je gère une mauvaise passe, concrètement
Pas de protocole. Juste ce qui m’aide.
Je descends le niveau d’exigence. Pas pour me saboter, au contraire : je vise 80 %, mais zéro faute. Je joue plus simple, je m’appuie sur les gestes que je réussis à coup sûr, au lieu de tenter le truc à 100 % qui finit dans le filet. Une série d’actions propres, même modestes, ça recharge quelque chose. C’est de la confiance bas de gamme, d’accord, mais c’est de la vraie. Cette idée de rester dans ses moyens plutôt que de tenter l’exploit, je la retrouve jusque dans la façon de bien contrer au volley. Garder une trace de ses séances aide d’ailleurs à voir ces réussites qu’on oublie une fois la mauvaise passe installée.
Je repense aussi aux réussites récentes. Si j’ai réussi ce geste il y a trois jours à l’entraînement, le terrain est le même, le filet est à la même hauteur : je sais le refaire. Ça paraît bête, mais ça reconnecte à une preuve concrète plutôt qu’à la peur du moment.
Je fais attention à ce que je me dis après une faute, aussi. « Je suis nul » est un verdict, ça ferme des portes. « J’ai mal géré cette balle » est une observation, ça en ouvre une. C’est la même bascule que quand on analyse une séance à froid plutôt qu’à chaud.
Et surtout, je continue à m’exposer. L’évitement, se mettre en retrait en attendant de se sentir mieux, c’est le meilleur moyen de faire durer le doute.
En face, ils ont deux bras et deux jambes
Quand l’équipe d’en face est annoncée plus forte, j’ai un réflexe que je tiens de mon libéro : ils ont deux bras, deux jambes, comme moi. Ce sont des humains. Ils doutent aussi, ils loupent aussi, ils ont leurs passages à vide en plein set. Alors je reste à l’affût : dès qu’une opportunité arrive, j’en profite.
Ça paraît anecdotique, mais ça change toute la posture. Tant que l’adversaire reste un mur abstrait, on joue petit, on subit. Dès qu’on se rappelle que c’est juste une autre équipe avec ses failles, on rejoue normalement.
Ce que le collectif change
Le sport collectif a ses propres mécaniques de confiance, et c’est ce qui le rend à la fois plus dur et plus salvateur que le sport individuel quand on traverse une période difficile.
Plus dur, parce qu’on ne peut pas se cacher. Les coéquipiers voient quand on hésite, quand on évite le ballon, quand on joue petit. Cette exposition est inconfortable.
Mais le collectif peut aussi faire ce qu’aucun travail mental solitaire ne fait : te redonner confiance sans que tu aies rien demandé. Un coéquipier qui te cherche au bon moment, un coach qui te fait confiance sur une action clé, un match gagné où tu as contribué même modestement. Autant de preuves que tu n’aurais pas pu te fabriquer seul. Dans les équipes où on se parle franchement, les mauvaises passes durent moins longtemps : pas grâce aux discours de motivation, mais parce qu’on joue dans un système, avec des repères, et que l’équipe te porte le temps que tu te retrouves.
Un cas à part : quand c’est le coach qui enfonce, en surchargeant de critiques quelqu’un qui doute déjà. Quand ça arrive, je mets une distance entre ce qu’il dit d’une action et ma valeur de joueur. Ce qu’il reproche à un geste n’est pas un verdict sur moi.
Pour finir, sans faire semblant
Je n’ai pas de recette universelle. Combien de temps dure une mauvaise passe, je suis incapable de le dire honnêtement : ça dépend de la cause, du contexte, de la façon dont on réagit. La seule chose dont je suis sûr, c’est que l’évitement la rallonge et que les premières petites réussites concrètes l’accélèrent.
Alors non, ne reste pas planté à te répéter que tu es fort. Donne-toi une consigne simple et concrète, reviens sur des gestes que tu maîtrises, rappelle-toi que tu en as déjà réussi des milliers, et laisse la confiance revenir d’elle-même. De toute façon, on est là pour ça : s’éclater à faire les gestes qu’on aime réussir.
Pour aller plus loin
- Estime de soi et pratique sportive, Didier Delignières (université de Montpellier), PDF.
- Revisiting the Self-Confidence and Sport Performance Relationship (méta-analyse sur 3 711 athlètes, IJERPH / PMC, 2022).
- Réflexions Sport #32, revue de l’INSEP.


