Le retour après l’entraînement : pourquoi « c’était trop long » n’aide pas ton coach
Notre coach nous demande régulièrement ce qu’on a pensé de la séance. Il a peu de réponses. Et celles qu’il reçoit ne l’aident pas beaucoup.
Je fais partie du problème. Voici l’exemple qui me l’a fait comprendre, et ce que j’en retiens pour les deux côtés : le joueur qui répond, et le coach qui pose la question.
L’exercice raté
Un soir, on a fait un exercice technique où on était très faibles. Vraiment pas bons, tous. Le coach l’a laissé durer, pour que ça rentre. C’était logique de son point de vue : on n’y arrivait pas, donc on avait besoin de répétitions.
Sauf qu’on a réagi à l’envers. Au lieu de nous accrocher pour sortir par le haut, de nous dire « allez, on réussit quelques séquences et on finit dessus », on a lâché encore plus. Chaque ballon raté rendait le suivant plus mou.
Quand le coach a demandé un retour, la réponse a été : « c’était trop long ».
Avec le recul, on était surtout mauvais. Et on a mis sur le dos de l’exercice ce qui venait de nous.
Pourquoi « trop long » ne sert à rien
« Trop long » est un verdict. Il dit ce qu’on a pensé de l’exercice, il ne dit rien de ce qui s’est passé. Le coach l’entend et se retrouve face à deux options : raccourcir l’exercice la prochaine fois, ou ignorer le retour. Dans les deux cas, il n’a rien appris.
Ce qui s’était vraiment passé, c’est qu’on avait décroché parce qu’on n’y arrivait pas. Un retour utile aurait ressemblé à ça : « On a lâché au bout de dix minutes parce qu’on ratait tout. Finir sur trois séquences réussies nous aurait remotivés. » Avec ça, le coach peut garder l’exercice, garder la durée, et changer la fin.
La différence tient en peu de choses. Le premier retour juge la séance. Le second raconte ce que le joueur a vécu, et à quel moment.
Ce qui fait un retour utile
Trois questions suffisent, et on peut y répondre en une phrase chacune :
- Qu’est-ce que j’ai ressenti ? Fatigué, perdu, frustré, à fond, ennuyé. Un mot sur l’état, pas sur l’exercice.
- À quel moment ça a basculé ? Le début, au bout de dix minutes, après la troisième erreur. Le coach voit la séance de l’extérieur, toi tu sais quand tu as décroché.
- Qu’est-ce qui m’aurait aidé ? Une consigne plus simple, une réussite pour finir, un coéquipier différent, une pause. Une piste, pas une exigence.
Ces trois réponses te servent aussi. Elles t’obligent à regarder ta propre part avant de regarder l’exercice. C’est la même logique que noter ses séances : tant que tu ne poses pas ce que tu as vécu, ton cerveau garde la version la plus confortable.
Pourquoi les retours restent vagues
Quand le coach pose la question devant tout le monde, plusieurs freins jouent en même temps.
On ne veut pas critiquer le coach devant le groupe. Surtout quand il est bénévole et qu’il donne de son temps. Alors on dit un truc vague, ou rien.
On ne veut pas avouer qu’on était mauvais. « Trop long » est plus confortable que « je n’y arrivais pas ».
On n’a pas le temps. La séance finit, il faut ranger le terrain, rentrer, manger. La question arrive au pire moment.
La question tombe à l’improviste. Chez nous, elle arrive à la volée, de temps en temps. On ne s’y attend pas, on n’a pas réfléchi à la séance, et quand on commence à y repenser, il ne reste que le superficiel : c’était long, c’était dur, on s’est ennuyés. Ce qui s’est vraiment passé, le moment où on a décroché et pourquoi, demande un vrai temps de réflexion. Personne ne le fait en trente secondes, debout, le sac sur l’épaule.
Tout finit en blague. Dans une équipe où l’humour fait l’ambiance, et j’en suis un bon exemple, la réponse sérieuse a du mal à trouver sa place.
Côté coach : comment les faire parler
Poser des questions faciles avant la question ouverte. « Intensité de 1 à 5 ? Plaisir de 1 à 5 ? » Tout le monde répond à ça. La question ouverte vient ensuite, pour ceux qui ont quelque chose à ajouter.
Demander à chaque séance, pas de temps en temps. Quand le retour devient une habitude, les joueurs s’y attendent. Ils commencent à observer pendant la séance ce qu’ils vont en dire, et la réponse devient une vraie réflexion au lieu d’un souvenir flou.
Laisser répondre à froid. Le soir ou le lendemain, au calme, les retours sont plus justes qu’en sortant du terrain.
Permettre de répondre sans être vu. Une moyenne de l’équipe sans les noms, et la possibilité d’écrire au staff seul plutôt qu’à tout le groupe. Les joueurs disent plus quand ils ne se sentent pas exposés.
Montrer que ça sert. « Vous m’avez dit que la fin de l’exercice vous avait cassés, aujourd’hui on finit sur des réussites. » Un retour suivi d’effet en appelle d’autres. Un retour qui disparaît dans le vide, c’est le dernier qu’on reçoit.
Dans l’app
C’est une des raisons pour lesquelles j’ai construit le vestiaire de Joueur de Collectif. Après la séance, chaque joueur note en trois taps l’intensité, le plaisir et sa fraîcheur. Le coach voit les moyennes de l’équipe dès trois réponses, jamais qui a dit quoi. Celui qui veut aller plus loin écrit un commentaire, et choisit s’il part à toute l’équipe ou au staff seulement. Et chacun peut poser ce qu’il aimerait travailler : le coach prépare la séance suivante avec.
Si tu coaches, la page pour les coachs montre ce que ça donne de ton côté. Et pour tout ce qui se joue autour du terrain, absences, retards, covoit, pot, j’ai écrit un guide pour organiser une équipe amateur.
La prochaine fois qu’on ratera un exercice, j’essaierai de dire pourquoi j’ai lâché. C’est moins confortable que « trop long ». C’est aussi la seule réponse qui peut changer la séance d’après.
Après la séance
Trois taps pour les joueurs. Une vraie lecture pour le coach.
Intensité, plaisir, fraîcheur : les moyennes de l’équipe, jamais qui a dit quoi. Et un mot au staff seul quand il faut.
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